« La poésie contemporaine s’empare du présent »

À l’occasion de la sortie, le 9 avril, du recueil de poésie Tram.es, constitué de poèmes ayant la ville pour thème commun, l’éditrice Hélène Lécot, fondatrice des Éditions du Bunker, et la poétesse Hortense Raynal, qui publie un texte dans ce livre évènement, reviennent sur la genèse du projet et la nécessité d’enrichir l’espace public d’expressions écrites artistiques.

Photos : à gauche : Hélène Lecot, à droite, Hortense Raynal, crédits : D. R., Heinui Pourra

Hélène Lécot, pourquoi avoir créé les Éditions du Bunker ?

Hélène Lécot : La maison d’édition est née il y a deux ans de l’envie de faire connaître des textes de création, d’écritures contemporaines – pour contourner un peu le terme « poésie » très chargé en stéréotypes –, qui ne circulent pas assez, alors que c’est là qu’il se passe le plus de choses aujourd’hui dans la langue française à mon sens. C’est un lieu d’avant-garde, de questionnements sociétaux, avec de nouvelles façons de partager des textes. De plus, la maison a été créée sous forme associative, afin de ne pas cultiver une approche uniquement marchande, mais faire du livre un objet de rencontre.

Pouvez-vous revenir sur la genèse du projet Tram.es ?

H. L. : L’idée est partie d’une rencontre avec l’ancien directeur général de la Scet, Romain Lucazeau, avec qui nous avons imaginé un projet qui tenait alors sur deux mots : poésie et ville. Il avait en tête quelques partenaires qui pourraient nous aider. Après plusieurs étapes de réflexion, j’ai donc lancé un appel à textes, qui courait du 15 octobre au 15 décembre 2025, sur la thématique de la ville et de la vie en ville. Sur cette période, nous en avons reçu près de 550 ; c’est assez énorme. Et pendant l’appel à textes, j’ai reçu beaucoup de messages enthousiastes, témoignant que ce projet avait du sens. Car la poésie contemporaine s’empare du présent, de nos vies quotidiennes, des débats d’actualité, et la question de la ville s’appuie aussi sur ces ressorts-là.

Au final, vous avez sélectionné 58 textes pour le recueil. Selon quels critères ?

H. L. : J’aime tous les poèmes du recueil, mais l’enjeu n’était pas qu’il reflète mes goûts d’éditrice. Il fallait montrer une diversité d’approches : de la poésie rimée, visuelle, d’autres formes extrêmement contemporaines… Je voulais montrer que ces formes continuaient à cohabiter. Ce recueil mêle aussi des voix d’auteurs confirmés, qui sont symboliquement les parrains du projet, dont Hortense Raynal, et des poèmes de gens qui n’avaient jamais publié. Cette idée m’est chère, car la poésie souffre encore d’un certain élitisme et de murs de cloisonnement entre les cercles d’auteurs confirmés et les auteurs qui font des lectures ou écrivent, mais sans parfois oser approcher la question de l’édition.

De plus, il fallait que chaque poème contienne au moins un ou deux vers qui puissent se retrouver affichés sur un mur, car c’est la deuxième étape de ce projet [à savoir identifier et mobiliser dans des quartiers, notamment inscrits dans le programme de rénovation urbaine de l’Anru, des murs de grandes dimensions, à même de recevoir des poèmes d’auteurs contemporains sous forme de fresques de très grande taille]. Or, tous les poèmes reçus ne s’y prêtaient pas. Cette perspective d’affichage est centrale dans le projet : l’offre culturelle est aujourd’hui hyper-cernée par la question des circuits marchands. Les occasions de rencontrer de l’art hors lieux institutionnels ou galeries commerciales sont rares. Croiser de la littérature sur un mur, sous la forme d’une œuvre visuelle imprévue, offerte, c’est un aspect crucial du projet qui donne tout son sens à l’appel à textes. Un rendez-vous avec des mots dans la rue, c’est magique et rare.

Hortense Raynal : Cela ajoute du langage dans l’espace public, des mots qui ne sont pas la signalétique attendue, qui est chez nous très codifiée. Des mots dans la rue, de la poésie gratuite, cela se rapproche des paroles libres comme le graffiti. Je pense à ce que l’on peut trouver à Marseille, dans le quartier du Panier, où il y a des textes, des poèmes, des hommages mis en forme sur les murs.

 H. L. : Et c’est une…

Propos recueillis par Rodolphe Casso 

Lire la suite de cet article dans le numéro 448 « Mutations commerciales » en version papier ou en version numérique

Couverture : Guillaume Guilpart 


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