Plus grand parc urbain d’Europe, La Villette est aussi le seul à rester ouvert toute la nuit. Entre ses bars, ses restaurants, ses salles de concert et ses clubs, ce lieu unique en son genre s’impose aujourd’hui comme l’un des pôles d’animation nocturne majeurs de Paris.
Aménagé dans le 19e arrondissement de Paris, à l’extrême nord-est de la capitale, sur le site d’abattoirs détruits en 1974, le parc de La Villette a été imaginé sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. En 1977, le président de la République demande une étude pour la réalisation d’un musée des sciences et de l’industrie et d’un parc. C’est Paul Delouvrier, président de l’Établissement public du parc de La Villette (qui fusionnera en 1993 avec l’Association de la Grande Halle et de la société d’économie mixte de La Villette pour devenir l’Établissement public du parc et de la grande halle de La Villette), qui arrêtera en 1979 les grandes lignes du projet, ajoutant l’idée d’un auditorium dédié à la musique et à la danse.
D’ailleurs, La Villette en friche accueille déjà Le Pavillon de Paris, sur l’emplacement de la halle aux veaux, voisine de la Grande Halle. C’est à l’époque la plus grande salle de concert de la capitale, avec une capacité de 10 000 spectateurs, où se produiront des artistes d’envergure internationale, tels que AC/DC, Pink Floyd, Bob Marley, Lou Reed, David Bowie, Queen ou les Rolling Stones. Mais si cet équipement, en activité de 1975 à 1980, ne survivra finalement pas à la création du parc, il confirmera bien le potentiel du site à accueillir des salles dédiées à la musique.

Après l’élection de François Mitterrand en 1981, son ministre de la Culture, Jack Lang, annonce le lancement d’un concours international pour la création du parc de La Villette. En 1983, à l’issue de la réunion du jury international, le Suisse Bernard Tschumi est désigné maître d’œuvre général. On lui doit notamment les vingt-six folies, ces bâtiments rouge vif aux formes et aux fonctions différentes. « Il a imaginé un parc qui se voulait ouvert jour et nuit, avec des axes de circulation nord-sud très simples, de la porte de Pantin à la porte de La Villette, et est-ouest, le long du canal de l’Ourcq, de Paris à Pantin, détaille Frédéric Mazelly, le directeur artistique de La Villette. L’idée était d’offrir une liberté sans entraves, d’être le plus libre possible pour circuler, s’arrêter, pique-niquer, profiter des activités sportives, artistiques ou culturelles. »
Pour preuve de cette intention initiale, la plaquette de présentation du concours international figurait une citation du Gargantua de Rabelais : « Fay ce que voudras. » Le public parisien peut donc profiter à loisir de ce qui est désormais son plus grand parc : 55 ha dont 33 ha d’espaces verts ; le site a même été augmenté en mars dernier de 10 000 m2, avec l’extension de la Ferme de La Villette.
Un tropisme musical très prononcé
Avant même l’ouverture du parc en 1987, plusieurs équipements sont inaugurés : le Zénith, salle de concert éphémère et amovible, qui sera finalement pérennisée (janvier 1984) ; la Grande Halle réhabilitée, l’un des derniers vestiges des abattoirs (janvier 1985) ; la Géode, une salle de cinéma sphérique révolutionnaire (mai 1985) ; et la Cité des sciences et de l’industrie (mars 1986), comme souhaité à l’origine par Giscard d’Estaing.
Dans les années 1990, d’autres infrastructures emblématiques vont venir compléter les contours du parc, avec un tropisme musical très prononcé : le Conservatoire supérieur national de musique et de danse de Paris (1993), la Cité de la musique (1995), le Trabendo (1997), le Cabaret Sauvage (1997) ou encore la Philharmonie de Paris (2015). Plus récemment, à l’extrémité nord-est du parc, au pied du boulevard périphérique, de nouveaux lieux festifs ont poussé sur les dernières friches du secteur : Jardin21, qui panache les fonctions d’agriculture urbaine et de bar/club ; le Kilomètre 25, un club électro installé sous le tablier du périphérique ; et le Mia Mao, en lieu et place de l’ancienne halle aux cuirs…
Rodolphe Casso
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Couverture : Laurent Duvoux
Carte : Lucas Boudier
Photo : Pierre-Emmanuel Rastoin





