Les pratiques festives se déplacent en périphérie

Après avoir capté successivement le commerce du quotidien, puis spécialisé, les zones marchandes de périphérie s’attaquent à un nouveau segment : le divertissement. Restauration, bars, loisirs : c’est tout un pan de la vie sociale qui tourne le dos aux centres-villes, à bout de souffle.

 

« On se retrouve à 20 h à Bret’ pour boire un verre ? », scène désormais coutumière d’un vendredi soir aux alentours de Brétigny-sur-Orge (Essonne), dans la banlieue sud parisienne. Si la commune de 26 000 habitants possède une offre de centre- ville, le rendez-vous aura lieu à 5 km, au sein des Promenades de Brétigny où, comme tous les soirs et week-ends, on y retrouve des terrasses bondées et un bowling dans lequel il ne reste aucune piste libre. À Brétigny-sur-Orge comme dans bien d’autres villes moyennes de France, les aménités du centre-ville se sont déplacées en périphérie.

La fête comme produit commercial

La commune de l’Essonne est typique de ces villes en limite de métropole : assez dense pour posséder une offre de proximité, mais encore trop proche de Paris pour détenir une offre de loisirs et de culture indépendante. Le centre-ville propose ainsi un commerce épars, une offre d’amusement essentiellement portée par les associations sportives et une offre culturelle restreinte, que la fulgurance de l’installation des chaînes en périphérie éclipse progressivement.

En effet, depuis les années 1960, l’extension du pôle commercial de la Maison Neuve ne faiblit pas. Né autour de l’hypermarché Auchan, les poches de stationnement vont s’y multiplier plus vite que les enseignes qui s’y installent jusque dans les années 2000. L’aménagement récent des Promenades de Brétigny signe le franchissement d’un nouveau seuil, sur une surface foncière de plus de 10 hectares. Ouvert au public en août 2018, le projet a des ambitions régionales : un cinéma, composé de dix salles, neuf restaurants, un speed park – proposant karaoké, karting et bowling – marquent le changement de destination de la zone. En moins d’un an, le cinéma enregistre près de 482 000 entrées, soit plus de 20 fois le nombre d’habitants de la commune.

Le changement d’échelle a opéré, répondant à un vide manifeste de lieux de regroupements en soirée. Tous les ingrédients sont présents pour assurer le succès du projet : une offre familiale mêlant restauration de type brasserie et multiplexe de loisirs, combinée à une situation géographique entre deux routes départementales, qui élargit le bassin de clientèle. Jeudi comme samedi, les terrasses d’Au Bureau et des Trois Brasseurs affichent complet, alors que le DJ set s’installe pour une soirée endiablée jusqu’à minuit. Si le centre de Brétigny n’a jamais réussi à proposer une offre de soirée prolongée et diverse en fin de semaine, la périphérie s’en charge tous les soirs.

Aurélie Donneger

Retrouvez cet article en intégralité dans notre n°450 au format papier ou format numérique

 

Photo : Facebook Promenades de Brétigny

Couverture : Laurent Duvoux


À propos

Depuis 1932, Urbanisme est le creuset d’une réflexion permanente et de discussions fécondes sur les enjeux sociaux, culturels, territoriaux de la production urbaine. La revue a traversé les époques en réaffirmant constamment l’originalité de sa ligne éditoriale et la qualité de ses contenus, par le dialogue entre chercheurs, opérateurs et décideurs, avec des regards pluriels.


CONTACT

01 45 45 45 00


Newsletter

Informations légales
Pour recevoir nos newsletters. Conformément à l’article 27 de la loi du 6 janvier 1978 et du règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016, vous disposez d’un droit d’accès, de rectifications et d’opposition, en nous contactant. Pour toutes informations, vous pouvez accéder à la politique de protection des données.


Menus