Ce que la nuit fait au bien-être en ville

On pense souvent le bien-être urbain à partir du jour : proximité des services, espaces publics de qualité, accès à la nature, déplacements fluides. Pourtant, une ville se juge aussi à sa nuit. Peut-on encore s’y sentir bien lorsque le jour s’efface ?

 

La nuit n’est pas un simple envers du jour. Elle met à l’épreuve l’habitabilité urbaine. Une ville peut être active, attractive, bien desservie et pourtant difficile à vivre la nuit venue. Le bien-être urbain ne se réduit pas à ce que la ville offre. Il dépend aussi de ce que les conditions nocturnes permettent effectivement : se reposer, rentrer chez soi sans appréhension, habiter l’espace urbain sans tension et, plus largement, ne pas ajouter de fatigue à la fatigue. La nuit rend ainsi particulièrement visibles les fragilités du cadre de vie.

Mais la nuit n’est pas seulement le temps du repos. En ville, elle peut aussi ouvrir d’autres usages, d’autres sociabilités, d’autres manières d’habiter l’espace, parfois même une forme de liberté plus difficile à éprouver le jour. Cette liberté ne renvoie pas seulement à la fête ou à l’exception. Elle tient aussi à la possibilité de circuler autrement, de prolonger une présence dehors, de se retrouver, de marcher sans urgence, d’habiter la ville sur un mode moins contraint. Lorsque ces possibilités se ferment ou deviennent inégalement accessibles, le bien-être nocturne s’en trouve altéré. La nuit affecte alors les perceptions, les rythmes de vie, et fait apparaître avec netteté les inégalités.

À l’épreuve des corps et des sens

La nuit agit d’abord sur les corps. C’est même ce qui la distingue le plus nettement des approches classiques du confort urbain. Le jour, la ville sollicite. La nuit, elle devrait permettre de récupérer. Or, cette promesse est très inégalement tenue. Dans certains quartiers, la chaleur retombe mal. Dans d’autres, le bruit per- siste. Ailleurs encore, la lumière artificielle s’impose sans nuance, jusqu’à entrer dans les logements ou à effacer les contrastes nécessaires à une ambiance apaisée.

Le bien-être urbain se mesure alors à des réalités très concrètes : pouvoir dormir, ouvrir une fenêtre, regagner son logement sereinement, éprouver un peu de relâchement. La nuit donne ainsi à voir, de façon particulièrement nette, ce que certains environnements urbains imposent aux habitants, mais aussi ce que d’autres permettent. Elle engage les sens, ménage les corps ou, au contraire, les use.

Un bien-être inégalement partagé

Mais cette expérience nocturne n’est pas la même pour tous. La nuit ne protège pas, n’…

Lise Bourdeau-Lepage 

Retrouvez cet article en intégralité dans le numéro 450 « La nuit  » au format papier ou au format numérique 

Couverture : Laurent Duvoux

Photo : Place Simone-Veil, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), les banquettes modulaires BW# avec leds, dessinées par Sébastien Wierinck, ont été installées en 2017, crédit : Cyria


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