mmLucas Boudier14 septembre 20264min

Isabelle Leroy, maire de Cholet

Aux confins de l’Anjou et de la Vendée, Cholet a construit sa prospérité sur une solide tradition industrielle. Un héritage que la première femme maire de la ville entend préserver, sans renoncer aux transformations qu’imposent les enjeux climatiques.

Vous revendiquez une méthode apaisée et une autre façon de faire de la politique. Qu’est-ce qui, selon vous, doit changer dans la posture d’un maire aujourd’hui, et comment cherchez-vous à l’incarner à Cholet ?

Ce qui doit changer, c’est le rapport au pouvoir. Pendant longtemps, on a attendu du maire qu’il décide seul, dans une forme de verticalité. Je crois que cette époque est révolue. Le maire d’aujourd’hui n’est pas un patron : c’est un ensemblier, chargé de créer les conditions du dialogue et de faire travailler ensemble des gens qui ne se parlaient plus.

Apaiser, ce n’est pas renoncer à décider. C’est restaurer la confiance, alors que la défiance envers les institutions est profonde. Le maire reste l’élu de la proximité : il faut en être digne. À Cholet, je cherche à l’incarner en gouvernant pour tous les Choletais, en redonnant de la place à la délibération collective et en assumant la transparence. Je ne fais pas table rase du passé, de belles choses ont été faites, mais je change la manière.

Cholet revendique depuis longtemps son identité industrielle. À l’heure où beaucoup de villes misent sur l’économie résidentielle, les services ou le tourisme, pourquoi est-il important de continuer à produire en ville ?

Cholet ne s’est pas construite sur la consommation, mais sur la production. Du textile à la chaussure, puis vers une industrie très diversifiée, notre territoire a toujours reposé sur un modèle de PME ancrées et un savoir-faire transmis de génération en génération. C’est notre identité, et ce qui explique l’un des taux de chômage les plus bas de France.

Continuer à produire en ville, c’est une question de dignité et d’ascension sociale. L’industrie offre des emplois à des gens qui n’ont pas forcément de diplôme, ancre les familles et ne se délocalise pas aussi facilement grâce à un écosystème de compétences, de formation et de sous-traitance. Le modèle tout résidentiel ou tout touristique peut vider une ville de sa substance. À l’heure où le pays redécouvre la souveraineté et la relocalisation, Cholet a gardé ce que d’autres ont perdu. Notre défi est désormais de rendre l’industrie à nouveau désirable, de la décarboner et d’attirer les talents.

Quel est aujourd’hui, pour vous, l’investissement qu’une ville ne peut plus se permettre de reporter ?

C’est l’adaptation de la ville au changement climatique. On a longtemps pu repousser ces investissements parce que leurs effets paraissaient lointains. Ils ne le sont plus, et chaque année de report en augmente le coût. La rénovation thermique des bâtiments, la renaturation et la désimperméabilisation des sols, la gestion de l’eau, le renouvellement de réseaux vieillissants : rien de tout cela n’est spectaculaire. Mais c’est le genre de dépense qu’un maire est tenté de différer faute de moyens, et que la prochaine génération nous reprochera d’avoir remis à plus tard.

Une ville comme la nôtre n’a pas le luxe de l’attentisme. Investir maintenant, c’est protéger nos habitants, préserver l’attractivité du territoire et la santé de nos finances à long terme. Reporter, c’est transmettre une facture plus lourde et une ville moins vivable.

Propos recueillis par Lucas Boudier

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Illustration : Lila Castillo 

Crédit photo : Mairie de Cholet


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