Yann Aubry : « Il faut sortir du discours sur la « relance du logement » »
Alors que la crise du logement s’installe durablement, Yann Aubry, directeur général d’UrbanEra, se méfie des réponses conjoncturelles. L’aménageur de Bouygues Immobilier plaide plutôt pour une coopération renforcée, entre acteurs publics et privés, et mieux adaptée aux réalités climatiques.

Photo : Yann Aubry, crédit : Bouygues Immobilier
La crise actuelle de l’immobilier remet-elle en question certains modèles de promotion ?
Lorsqu’on entend que « le modèle des promoteurs est terminé », il faut nuancer. D’abord, la crise du logement et de la construction n’est pas terminée. Mais nous sommes, selon moi, dans une période charnière de changement de modèle. Jusqu’ici, il reposait sur la Vefa [vente en l’état futur d’achèvement, ndlr] depuis près de soixante ans, qui vit probablement ses dernières grandes secousses. Or, ce modèle est aujourd’hui profondément bousculé. Trois facteurs l’expliquent. D’abord, la limitation de l’étalement urbain, avec le ZAN [« zéro artificialisation nette »] notamment, qui raréfie les terrains les plus simples à aménager, ceux qui ont longtemps alimenté la production de logements. Ensuite, si les réglementations évoluent dans le bon sens, avec les exigences environnementales, la prise en compte des riverains ou de la qualité des projets, leur accumulation rend l’acte de construire beaucoup plus complexe et oblige les promoteurs à maîtriser une multitude de compétences, ce qui écarte progressivement les petits acteurs qui pouvaient encore intervenir à une échelle locale. Enfin, la financiarisation de la ville est devenue centrale. Il y a quinze ans, on parlait peu de taux de rentabilité interne ou de rendement des investissements à long terme. Aujourd’hui, les critères de rentabilité pilotent aussi bien les collectivités que les bailleurs, les aménageurs ou les promoteurs. Beaucoup continuent…
Propos recueillis par Lucas Boudier et Rodolphe Casso
Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 451 « Financer la ville » en version papier ou en version numérique
Couverture : Lila Castillo






