Ahmed Bouzouaïd : « Penser les ressources culturelles plutôt que l’identité culturelle »
De l’entrepreneuriat associatif à l’art contemporain, du street marketing à l’urbanisme, jusqu’à la Banque publique d’investissement, Ahmed Bouzouaïd a construit un parcours à la croisée des mondes. Dans Je dois faire du cash, boy (Maison Megheyer, 2026), il mobilise cette trajectoire singulière pour proposer, à travers l’histoire de l’entrepreneuriat dans les quartiers populaires, une lecture originale des mutations qui traversent la France contemporaine : la fabrication des récits, la production de valeur, les usages de la ville…

crédit photo : HLB
Vous avez ouvert votre livre en rappelant la mort de Nahel Merzouk, le 27 juin 2023. Que représente cet évènement, et que dit-il du rapport actuel entre les quartiers populaires, les institutions et les espaces publics ?
La mort du jeune Nahel m’a interpellé, car elle est dramatique. C’est devenu un objet politique, saisi de toutes parts par toute une ribambelle d’experts autoproclamés. Ce qui m’a blessé, au-delà de l’évènement lui-même, ce sont les discours qui ont été produits : ils piègent les quartiers dans une représentation limitante qui finit par tenir lieu de réalité. À force de ne regarder que les blessures, on finit par ne plus voir les ressources, ni la créativité, ni les solidarités qui s’y inventent chaque jour.
Je cite dans l’ouvrage Marshall B. Rosenberg : « Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs. » Au fond, je ne parle pas seulement de Nahel. Je parle de la manière dont une société fabrique ses représentations. Les récits ne décrivent jamais seulement le réel, mais contribuent à le fabriquer. Toute société finit par habiter les représentations qu’elle produit d’elle-même. Aujourd’hui, lorsqu’on évoque l’entrepreneuriat dans les quartiers, c’est encore souvent la dimension d’illégalité qui est convoquée. Il faut interroger ces mythologies. Derrière les caricatures se trouvent des savoir-faire, des formes d’adaptation, des capacités de création dont notre société aurait beaucoup à apprendre. C’est ce qui m’a invité à proposer une narration de l’intérieur.
Il y a une date clé dans votre ouvrage : 1981, qui, selon vous, a permis de relier les quartiers à travers une réalité partagée et fantasmée. Quelle est cette identité et comment a‑t-elle évolué au fil des années ?
1981 marque moins l’émergence d’une identité que…
Propos recueillis par François Agostini et Maider Darricau
Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 451 « Financer la ville » en version papier ou en version numérique
Couverture : Lila Castillo






