La voiture et Paris, chronique d’un divorce annoncé

Enclenchée par la mandature de Bertrand Delanoë (2001−2014) et intensifiée par celle d’Anne Hidalgo (2014−2026), la politique de réduction de la place de la voiture à Paris a entraîné une forte baisse de la motorisation des ménages. Mais contrairement à certaines idées reçues, celle-ci est moins due aux mesures coercitives qu’au développement intensif des transports en commun.

 

Paris fait la guerre aux voitures. Ce serait en tout cas le ressenti de nombreux Parisiens ulcérés par les mesures prises durant les douze ans de mandature d’Anne Hidalgo à la mairie. Les raisons du courroux sont nombreuses : réduction des places de stationnement et augmentation des prix à l’horodateur ; réduction des voies consacrées aux voitures au bénéfice des bus, puis des vélos ; création de zones à faibles émissions (ZFE) ; fermeture de grands axes comme les voies sur berges et la rue de Rivoli ; limitation de la vitesse à 50 km/h sur le périphérique et quasi-généralisation du 30 km/h en ville… Et, pour couronner le tout, stigmatisation des SUV avec la fameuse votation de 2024 sur le thème « Pour ou contre la création d’un tarif spécifique pour le stationnement des voitures individuelles lourdes, encombrantes, polluantes ? » Comme si la réponse n’était pas dans la question.

À Paris, une affiche annonçant la votation du 4 février 2024 sur la création d’un tarif majoré pour les véhicules lourds de type SUV ; 78 121 Parisiens se sont exprimés et 54,55 % ont voté en faveur de cette mesure. Photo : Joséphine Brueder/Ville de Paris 

Cette grogne, la candidate Rachida Dati l’a portée dans son programme pour les élections municipales de mars 2026, promettant de détricoter nombre de ces mesures. Pourtant, bien avant le scrutin, en juillet 2023, un sondage OpinionWay publié par Le Parisien révélait que 41 % des habitants de la capitale étaient favorables à la réduction de la voiture « au profit des autres moyens de transport », que 26 % d’entre eux jugeaient bon « l’équilibre entre voitures et transports en commun », et que ceux estimant que « la place de la voiture était trop réduite au profit des autres moyens de transport » étaient minoritaires : 31 %. Si la défaite de la candidate face à Emmanuel Grégoire, qui entend poursuivre les politiques de mobilités d’Anne Hidalgo, ne s’est bien évidemment pas jouée sur cette seule question, le vainqueur a quand même choisi de parader en Vélib’ au soir de sa victoire. Cette image, aussi extravagante que puissante, et qui a instantanément fait le tour du monde, est venue officialiser le divorce entre la Ville lumière et l’automobile particulière.

Le pic des années 1990

La chute de la motorisation des ménages à Paris est spectaculaire : seulement 34 % actuellement contre 46,3 % dans les années 1990 selon l’Insee – époque où la capitale atteignait son pic de motorisation, avec 572 000 voitures. Depuis, le parc n’a cessé de diminuer, jusqu’à 418 000 automobiles aujourd’hui. Rien qu’entre 2023 et 2024, 6 000 véhicules particuliers ont déserté l’intra-muros.

Rodolphe Casso

Retrouvez la suite de cet article dans notre n°449 « L’automobile » en version papier ou version numérique 

Couverture : Jaouen Salaün 


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