« L’état accompagne les acteurs du secteur plutôt que de les contraindre »
Marine Duros, docteure en sociologie, a publié en 2025 (1), une enquête au cœur des fonds d’investissement. David Rottmann, directeur associé de l’agence Urbanova, a signé la même année un essai (2), où il interroge le modèle de production du logement. Ils décryptent ici les ressorts et impasses d’une crise structurelle.
Nous sommes face à un paradoxe : plus de 10 millions de m2 de bureaux sont vides en France et de nouveaux sortent de terre, tandis que l’offre de logements ne répond pas aux besoins des Français. Comment en est-on arrivé là ?
Marine Duros : En effet, on assiste à une déconnexion croissante entre les projets et les besoins. Ces vingt dernières années, la production de bureaux a augmenté bien plus vite que la création d’emplois : dans les années 2000, on construisait 23 m2 de bureaux par nouvel emploi créé ; dans les années 2010, c’était presque le double. En parallèle, la production de logements sociaux baisse depuis plusieurs années, alors que 4,2 millions de personnes sont mal-logées en France. Dans mon livre, je m’intéresse à un aspect précis de cette situation : la financiarisation de l’immobilier, c’est-à-dire l’arrivée dans les métropoles, à partir des années 1990, de fonds d’investissement qui considèrent l’immobilier comme un actif financier. Les capitaux qu’ils gèrent ont doublé en une dizaine d’années pour atteindre environ 13 200 milliards de dollars dans le monde.
En France, …
Propos recueillis par Lucas Boudier et Maider Darricau
Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 451 « Financer la ville » en version papier ou en version numérique
Couverture : Lila Castillo
Photos : D. R.
Notes :
1/ Immobilier hors sol, comment la finance s’accapare nos villes, Marine Duros, Raisons d’Agir, 2025.
2/ Faire la ville sans les promoteurs immobiliers, David Rottmann, Éditions Apogée, 2025.







