À l’initiative de la première marche des fiertés rurales, ce natif de Châtellerault incarne une nouvelle génération d’élus ruraux, engagés à la fois dans le quotidien local et dans des combats plus larges pour l’inclusion et le vivre-ensemble.

Photo : Mairie de Chenevelles
Pourquoi avoir lancé une marche des fiertés en milieu rural en 2022 ?
Être LGBT en milieu rural est plus compliqué qu’en ville, notamment en raison des distances, qui rendent plus difficiles les rencontres, les échanges et les formes de solidarité. Contrairement à certaines idées reçues, il y a moins d’agressions homophobes qu’en milieu urbain, mais l’isolement est plus fort. Nous voulions aussi montrer une image positive de la ruralité, souvent caricaturée. Il s’agissait donc aussi d’affirmer que la ruralité est un espace de vie possible, ouvert et bienveillant. La première marche a très bien fonctionné et, l’an passé, 4 500 personnes étaient présentes sur une journée pour célébrer le vivre-ensemble – quelles que soient les origines, les préférences amoureuses ou les âges. C’est une démarche différente des prides urbaines : nous montrons que l’on peut vivre ensemble, partager des moments festifs et créer du lien dans nos territoires.
De quoi les petites communes ont-elles besoin aujourd’hui pour faire vivre la vie associative ?
En milieu rural, le lien social repose très largement sur les associations. Les activités culturelles et sportives existent, mais les questions de mobilité limitent souvent leur accessibilité. Sans elles, il n’y a plus de lien social structurant à l’échelle locale. Nous avons peu de moyens, mais nous faisons le maximum pour les soutenir, car elles assurent l’animation et la vitalité des territoires. La principale difficulté tient aujourd’hui au renouvellement des bénévoles. Les générations précédentes étaient très engagées, souvent dans plusieurs structures. Avec l’évolution de la pyramide des âges, ce modèle s’essouffle progressivement. Moins d’encadrants signifie un risque réel de disparition pour certaines associations. Il faudrait reconnaître un véritable statut du bénévole, sur le modèle des délégués syndicaux. Les entreprises, notamment dans le cadre de leur politique RSE [responsabilité sociétale des entreprises ndlr], pourraient aussi permettre à leurs salariés de s’investir davantage. Les nouvelles générations recherchent du sens dans leur travail, cet engagement associatif pourrait pleinement y contribuer.
Qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui d’être maire dans une commune rurale, parfois sans concurrence électorale ?
Il faut d’abord s’interroger sur les raisons : être maire en ruralité, c’est un engagement permanent, avec peu de moyens humains et financiers. Il faut savoir tout faire, à toute heure du jour et de la nuit, et répondre à des situations très diverses. Cela ne suscite pas toujours des vocations. Le maire est présent dans les moments heureux comme dans les drames du quotidien – un accident, un décès, un problème sur la voirie – et entretient une proximité très forte avec l’ensemble des habitants. Dans de nombreuses communes, il n’y a qu’une seule liste. À Chenevelles, 68 % des habitants ont participé au vote. J’ai tenu à leur dire qu’il ne fallait pas hésiter à exprimer leur soutien et leur reconnaissance. L’engagement municipal relève presque du bénévolat, et les élus ne sont pas toujours reconnus à la hauteur du temps consacré, souvent au détriment de leur vie personnelle et professionnelle.
Propos recueillis par Lucas Boudier
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