En amont du colloque de Cerisy qui se tiendra du 9 au 15 septembre 2026 et rassemblera chercheurs et acteurs de l’urbanisme, les organisateurs de cette édition consacrée au périurbain invitent à en redéfinir les contours et les imaginaires.
Longtemps perçu comme une simple zone de transition entre la ville dense et les espaces ruraux, le périurbain s’est progressivement imposé, au fil des décennies, comme une composante majeure, mais profondément complexe, de l’organisation territoriale française. S’il est aujourd’hui le cadre de vie de millions de Français, il n’en demeure pas moins un objet spatial et social difficile à saisir. Le périurbain résiste aux catégorisations classiques et peine encore à être appréhendé comme un véritable « territoire à enjeux ».
Au voisinage de l’urbain et du rural, ce tiers-territoire emprunte aux deux, les met en relation et à distance, en même temps qu’il propose de nouvelles manières d’habiter et de produire de la valeur. Ce déplacement du regard ne relève pas d’un simple effet de mode : il traduit une évolution plus profonde des cadres de pensée de l’aménagement, à l’heure où les impératifs de transition écologique, de sobriété foncière et d’adaptation territoriale s’imposent. C’est dans ce contexte que se tiendra, en septembre 2026, le colloque de Cerisy « Demain, le périurbain : territoires ressources et imaginaires renouvelés ? ». Organisé par la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), l’agence pluridisciplinaire Arep et la Fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau), il réunira chercheurs, institutionnels et praticiens autour d’une même ambition : dépasser les représentations convenues pour interroger les potentiels de transformation de ces territoires et les leviers d’action, en mettant les périurbains au cœur du « projet de territoire ».
Le périurbain a longtemps été décrit à travers des figures devenues presque caricaturales d’icônes monofonctionnelles : lotissements pavillonnaires, zones d’activité économique, zones commerciales standardisées, nappes de parkings… Ces formes géographiques, héritières d’un urbanisme largement façonné par les mobilités individuelles motorisées et par une consommation extensive des sols, ont nourri un discours critique sur leur rapport au sol, au paysage, à l’écologie ou encore à l’esthétique architecturale, jusqu’à en faire parfois l’étendard d’un contre-modèle de l’urbanisme soutenable et désirable.
Cette approche mérite pourtant d’être réinterrogée. D’une part, parce que les crises contemporaines – climatique, énergétique, sanitaire et sociale – ont pointé du doigt les fragilités des modèles urbains denses ; d’autre part, parce que les territoires périurbains, du fait même de leurs caractéristiques, offrent aujourd’hui des ressources précieuses, mais probablement encore sous-estimées : disponibilité foncière, nouvelle mixité programmatique, proximité des milieux agricoles et naturels, zone de repli, îlot de fraîcheur, réserve de biodiversité, capacité d’évolution, désirabilité de l’habitat, etc. Ainsi, loin d’être un espace figé, le périurbain, plébiscité par ses habitants, apparaît de plus en plus comme un espace à vivre et un « territoire ressource », en nous invitant à interroger – à l’aune de son préfixe « péri » (autour) – les liens entre cet espace et ceux qui l’environnent.

Photo : Hortense Soichet / Leroy Merlin Source et Ademe
Pour toutes ces raisons, le futur du périurbain mérite l’intérêt et met ces espaces stratégiques, entre ville et campagne, au cœur de la transition écologique et des préoccupations des acteurs publics souhaitant accompagner l’évolution de ce gisement majeur à haut potentiel de transitions et transformations. À ce titre, les actions menées dans ces territoires sont à même d’inspirer et de montrer des voies renouvelées pour la territorialisation et la mise en œuvre des politiques publiques d’aménagement ayant le potentiel de s’enclencher à grande échelle (sobriété foncière, mobilité décarbonée, adaptation au changement climatique, etc.), tout en répondant aux aspirations de ses habitants pour inventer de nouvelles façons d’habiter le périurbain.
Repenser ces espaces à l’aune de leurs ressources potentielles suppose toutefois de dépasser une approche strictement morphologique ou fonctionnelle. Le périurbain n’est pas seulement un objet d’aménagement ; il est aussi un territoire vécu avec un construit social et culturel, traversé par certains imaginaires dominants et d’autres plus alternatifs. Et au-delà des ressources matérielles, c’est probablement sur ce plan que le potentiel est le plus décisif. Car le périurbain, qui souffre d’un déficit de récits prospectifs partagés, se révèle pourtant le creuset non seulement de potentielles actions publiques singulières, mais encore d’un mode de vie convoité qui gagne à être mieux apprécié. Il est souvent jugé et transformé du « dehors », mais rarement écouté et coélaboré avec ses habitants. Or, pour engager une transition profonde, il ne suffit pas de transformer les formes urbaines ; il faut aussi transformer les représentations et repenser les modes d’action, les outils et dispositifs publics à mettre en œuvre alliant intelligence collective, urbanisme de projet et savoirs théoriques, tels que le proposent la démarche Atelier des territoires, la feuille de route pour la mutation du pavillonnaire ou le dispositif ÉcoQuartier.
Sortir d’une vision caricaturale du périurbain comme espace subi, pour le reconsidérer comme un « territoire ressource » capable de réunir les conditions d’émergence d’un modèle renouvelé pour ses habitants et l’ensemble des Français, en favorisant les alliances au-delà des limites administratives et des diversités : telle est l’hypothèse que ce colloque de Cerisy se propose d’explorer. En croisant travaux de recherche, regards académiques, arpentages de terrain, retours d’expérience et analyses des politiques publiques, il entend ouvrir un espace de discussion sur les futurs possibles du périurbain. L’enjeu ne sera pas de produire un récit univoque, mais de mettre en débat des hypothèses, des expérimentations et des imaginaires susceptibles d’alimenter l’action de transformation de ces territoires.
Nous vous invitons, nombreuses et nombreux, à prendre part à ce dialogue des acteurs et des disciplines afin de contribuer, avec nous et les différents intervenants du colloque, à une relecture du périurbain à la hauteur des enjeux contemporains, comme un espace des possibles, où se jouent, de manière particulièrement tangible, les conditions d’une véritable transition pour demain.
Hiba Debouk, Karine Hurel, Nils Le Bot, Pauline Sirot, directrices et directeur du colloque





