Parking silo, vestige et promesse de la ville durable

Nés de la modernité automobile, puis repensés à l’heure de la transition écologique, les parkings silos racontent un siècle de transformation urbaine. D’abord conçus comme de simples machines à stationner, ils incarnent désormais des formes architecturales hybrides, à l’intersection des mobilités, de la gestion foncière et des sensibilités esthétiques.

 

De l’autre côté de l’Atlantique, le parking silo relève presque du patrimoine – tant il incarne la durée et l’ampleur du modèle automobile. En 1943, Elsie Krummeck (1913−1999) et Victor Gruen (1903−1980) publient dans la revue The Architectural Forum un concept de shopping center du futur, réunissant commerces et services dans un même cœur, strictement réservé aux piétons. Les voitures se retrouvent reléguées à l’extérieur, dans des structures verticales, ordonnées et fonctionnelles.

Une histoire états-unienne

Cette réflexion accompagne toute la carrière de Victor Gruen, qui se définissait lui-même comme un « architecte environnemental ». Cet Autrichien exilé à New York, puis à Los Angeles – emblème de la ville-voiture (lire aussi p. 52) –, sera profondément affecté par ce qu’il percevait comme des dérives de son pays d’adoption : l’ultra-consommation et l’urbanisation chaotique de l’après-guerre des centres-villes, il dénonce l’emprise grandissante de l’automobile sur l’espace public.

En 1956, il écrit : « Aujourd’hui, quarante millions de voitures parcourent les rues de nos villes. À la population humaine s’est ajoutée une masse grouillante d’êtres mécaniques. Cette population automobile empiète sur les droits des hommes avec une violence peu ordinaire ; son taux de croissance dépasse celui de la population humaine et son besoin d’espace par “tête” est vingt fois plus considérable, en fait, elle se montre insatiable dans ses exigences d’“espace vital”. »

Dans son ambitieux projet pour Fort Worth, au Texas – jamais réalisé en raison de la multiplicité des intérêts privés –, Gruen dessine six parkings silos reliés aux zones commerçantes par des bus électriques, « roulant à une allure de promenade ». Ses principes inspireront les premiers pedestrian malls à Burdick Street (Michigan) et à Fresno (Californie).

Concomitamment, la philosophe de l’architecture et de l’urbanisme Jane Jacobs (1916−2006) et l’architecte Louis Kahn (1901−1974) s’élèvent contre l’urbanisme de secteur et le règne automobile. Dans les années 1950, Khan propose un plan pour le centre de Philadelphie qui relègue les voitures en périphérie, rangées en ordre de bataille dans ces parkings silos. Ce geste, nourri par le souvenir d’une enfance sans moteurs, préfigure un urbanisme sensible à la mixité des usages et à la place de l’enfant dans la ville – impossible avec ces nombreux véhicules.

Maider Darricau

Cet article est à retrouver en intégralité dans notre n°449 « L’automobile » en version papier ou version numérique 

Crédit photo : AEA Architectes

Couverture : Jaouen Salaün

 


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