Partisan de la démobilité, le sociologue urbaniste Laurent Fouillé en rappelle les grands principes et revientvsur une expérience, financée par l’Ademe, qu’il a menée dans un quartier de Lorient de septembre 2024 à août 2025.
Le contraire de la mobilité est l’immobilité ou l’immobilier : ce qui ne bouge pas. La démobilité désigne la réduction de la mobilité, pas son abolition. À l’inverse des politiques de mobilité, qui depuis plus d’un siècle facilitent et favorisent les déplacements, en les rendant plus rapides et abordables, elle consiste à éviter le besoin de se déplacer en réduisant les distances à parcourir. Elle cherche à mieux placer, replacer, relocaliser, réorganiser, plutôt qu’à déplacer. L’urbanisme prend une part importante dans ce principe.

L’urbaniste Marc Wiel montrait la correspondance entre les formes urbaines et les systèmes de transport : ville pédestre, ville orientée vers le rail, ville automobile. La « ville du quart d’heure », concept remis au goût du jour par Carlos Moreno, renoue avec la tradition prémotorisée, celle où chaque pas est comptéet toute activité située à proximité. Elle rompt avec l’habitude modernisatrice de séparer les fonctions, consommer de l’espace et étendre les distances, en considérant que les réseaux suivront. Les urbanistes seuls ne font pas la ville : ses habitants décident comment et où ils se déplacent.
La démobilité est contre-intuitive, car la mobilité a été érigée en valeur (cf. Peter Sloterdijk et Hartmut Rosa). Le « mouvement vers le mouvement » fonctionne à l’injonction : il faut être mobile, faciliter la mobilité, améliorer la desserte, rendre accessible, désenclaver… Et puisque les gens veulent être mobiles, donnons-leur ce qu’ils demandent : des routes, des voitures, des bus, des trams, des trains, et faisons tout pour qu’ils soient plus rapides, fréquents, gratuits sinon bon marché. La démobilité serait une affaire de technocrates, dans la veine de cette administration qui répond au père de Coluche : « Monsieur, écrivez-nous de quoi vous avez besoin et on vous expliquera comment vous en passez» (L’Étudiant, 1980).
Laurent Fouillé
Crédit photo : Laurent fouillé
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Couverture : Jaouen Salaün





