L’eau en partages

Relever le défi de l’eau

 

En matière d’urbanisme, le champ sémantique de l’eau a longtemps été celui du risque et du danger. L’eau qui inonde, submerge, s’infiltre ou véhicule des maladies, sinon des pollutions industrielles et agricoles. À l’échelle communale, l’eau se trouve assignée à des fonctions : nettoyer, arroser, évacuer, épurer, alimenter les foyers en eau potable.

Pour le reste, les rivières et les fleuves peuvent toujours servir de décor, offrant quelque perspective plaisante à nos centres-villes, celle-là même qu’on retrouvera sur les cartes postales des buralistes locaux. À cette vision fonctionnaliste vient s’ajouter une certitude pleine de suffisance : l’eau n’a jamais manqué en France. Mais ça, c’était avant.

Comme trop souvent, c’est à la faveur de quelques catastrophes que nous revenons à la raison. Il faut une sécheresse telle que celle de 2022 (et plus de 5 milliards d’euros¹ de coûts estimés) pour s’interroger sur l’état de nos nappes phréatiques, mais aussi sur nos réseaux de distribution (18,5 % d’eau perdue en 2023² par fuite dans les canalisations).

Il faut un scandale des « algues vertes » pour réaliser que l’élevage intensif et les engrais circulant dans l’eau peuvent tuer. Il faut une demi-douzaine de rapports du Giec et une trentaine de COP pour convaincre citoyens et autorités d’un dérèglement en cours des saisons et des précipitations. Car l’eau a beau couvrir 72 % du globe terrestre, la part d’eau douce dans le monde n’est que de 3 %.

Depuis quelques années, le monde de l’urbanisme se penche sur la question de l’eau en tant que ressource périssable et facteur de services écosystémiques. Car où il y a de l’eau, il y a de la nature, de la biodiversité, mais aussi de la beauté, de la sérénité, des loisirs, des sports…

Alors on met au point de nouveaux dispositifs de récupération des eaux de pluie ou d’infiltration dans les sols en désimperméabilisant. On déterre les cours d’eau autrefois busés ou enterrés, comme le Petit Rosne et le Croult dans le Val‑d’Oise, ou le ruisseau des Aygalades à Marseille. On arrête de combler les mares, qui parsèment le territoire national et abritent 20 % des espèces animales et végétales d’intérêt patrimonial. On aménage les quais des canaux et des rivières comme de nouveaux espaces publics fédérateurs. Et parfois même, on arrête de construire sur des sites sans connexion au réseau d’eau.

Mais pour relever le défi de l’eau, il faudra aussi relever celui de sa gouvernance. Car les méandres d’un cours ne s’arrêtent pas aux frontières administratives d’une région, à l’exemple du bassin hydrographique Rhône-Méditerranée qui, avec 11 000 cours d’eau, couvre 20 % du territoire national et parcourt 5 régions peuplées par 16 millions de personnes.

En ce sens, l’eau nous rend, une fois de plus, un fier service en obligeant les territoires à dialoguer au-delà de leurs limites, avec pour objectif le bien commun et l’intérêt général.

 

Rodolphe Casso

1/Source : ministère de la Transition écologique.
2/Source : EauFrance.

Couverture : Parc du Heyritz, à Strasbourg. Jean Isenmann/Adeus  

 

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