Pour un design des enjeux des mondes urbains
La poésie onirique de la street-artiste collagiste 13 bis, Paris 11e.

L’architecte n’est pas un artiste. Il ne par­ti­cipe pas de l’infinie liberté qui accom­pagne le génie créatif. Pour autant, faire un pas de côté et reconsidérer la pra­tique archi­tec­tu­rale à l’aune des pra­tiques – et des pédagogies – artis­tiques ouvre de nou­veaux pos­sibles. Sa capa­cité d’incorporation des situa­tions échappe, de fait, au seul desi­gn. Pen­dant trop long­temps, l’architecte a été chargé de des­si­ner des solu­tions. Il paraît fon­da­men­tal qu’il par­ti­cipe davan­tage à pen­ser l’ensemble des enjeux qui précèdent et fondent l’exercice du pro­jet. Il en va de sa res­pon­sa­bi­lité et de son enga­ge­ment vis‑à-vis d’une planète et d’une société urbaine en crise.

D’autant que la ville demeure une chose for­mi­dable : elle contient 60 % de la popu­la­tion mon­diale dans moins de 3 % du ter­ri­toire dis­po­nible. Dans un monde dont on ne connaît que trop bien les limites et la fini­tude des res­sources, il y a « urgence à ima­gi­ner de nou­velles condi­tions d’habitabilité de la planète, dans ses espaces les plus densément peuplés ».

Com­ment trou­ver le salut d’une société urbaine exsangue d’injonctions contra­dic­toires, où la seule valeur reste le système économique et la variable d’ajustement de l’individu ? Il nous faut aujourd’hui pen­ser de nou­veaux pro­grammes pédagogiques, à même de fon­der ces micro- résistances. Nous pour­rons ain­si nous enga­ger plei­ne­ment dans les enjeux des mondes urbains.

Dans la ville dessinée par les archi­tectes et les urba­nistes, dans toute leur diver­sité de for­ma­tions et de pra­tiques, force est de consta­ter qu’il manque cruel­le­ment la dimen­sion sen­sible, si dif­fi­cile à appréhender. Le corps peut ser­vir de
fil direc­teur pour inter­ro­ger les trans­for­ma­tions de l’habiter à par­tir de différentes dis­ci­plines et pra­tiques artis­tiques, conjuguées dans une approche holis­tique de l’architecture. La réponse aux enjeux de la tran­si­tion écologique est la toile de fond de ces préoccupations, et le sen­sible est l’outil qui en conduit les for­ma­li­sa­tions concrètes.

On demande à la nou­velle génération de trou­ver les solu­tions à un désastre écologique qui fait suite à une période de consom­ma­tion effrénée qu’ils n’ont même pas goûtée. On les forme à des­si­ner des solu­tions, quand les plus engagés nous pro­posent bien plus uti­le­ment de for­ma­li­ser des questions…

Entre expérimentation et recherche-action, il faut sor­tir de la logique res­tric­tive du pro­jet comme unique vec­teur pédagogique. Il s’agit de culti­ver l’interdisciplinarité et le tra­vail col­lec­tif, de créer des connexions et des liens avec le ter­rain dans une autre forme d’appréhension du réel. On peut ain­si pro­po­ser une alter­na­tive sociétale à la com­mande par une pra­tique de l’architecture plus poli­tique et en pre­nant soin de « l’autre ».

L’architecte est condamné à réussir, l’artiste et desi­gner peut cher­cher, tes­ter, se trom­per…, ce droit à l’erreur est la clé du progrès dans la résolution des problématiques énoncées. Aucune science ne sau­rait mieux trou­ver de réponses aux enjeux systémiques que pose la tran­si­tion écologique. La toute-puis­sance de la logique du pro­jet doit être remise en cause pour mieux accom­pa­gner le chan­ge­ment de para­digme dans lequel la création doit prendre le pou­voir, (re)trouver une place majeure et struc­tu­rante dans la tran­si­tion que la société appelle de ses vœux.

Ne sous-esti­mons pas la force de l’art et des artistes pour accom­pa­gner cette tran­si­tion dont tout le monde parle, mais sur laquelle peu par­viennent à agir. Les artistes peuvent réenchanter nos uni­vers urbains, en conjuguant
les sen­sa­tions, les émotions et le vivre-ensemble par leur singulière liberté créative.

Don­nons à l’enseignement artis­tique une place de pre­mier plan non pas à la marge des enjeux quo­ti­diens, mais en leur cœur même, pour res­sou­der des liens sociaux dis­ten­dus, réimpliquer les citoyens et réparer les territoires.

Pau­line Mar­chet­ti, archi­tecte, pro­fes­seure à l’École natio­nale supérieure des Arts décoratifs de Paris

 

Pho­to © page Ins­ta­gram de la street-artiste col­la­giste 13 bis

À retrou­ver dans le n°438 « L’art et la manière »

 

 

 

 

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