« Reconnaître le sommeil comme une priorité de santé publique »
La nuit urbaine est souvent pensée en termes d’animation, de fête et de liberté. Beaucoup plus rarement en termes de santé liée au sommeil. Olivier Blond, président de Bruitparif, et Damien Léger, responsable du Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu de Paris, analysent les nouvelles tensions qui traversent la ville nocturne.
Le bruit et le sommeil restent souvent considérés comme des questions dissociées. Pourquoi sont-ils devenus de véritables enjeux de santé publique et de politiques urbaines ?
Olivier Blond : Les deux se croisent, et les deux restent encore largement sous-représentés dans le débat public. Je fais souvent la comparaison entre la qualité de l’air et le bruit. La première a véritablement émergé il y a une dizaine d’années et est aujourd’hui reconnue comme un enjeu majeur en milieu urbain. Pour le bruit, nous accusons au moins dix ans de retard, alors même que les impacts sanitaires sont comparables. Il constitue la deuxième cause de morbidité environnementale après la pollution de l’air. Pendant longtemps, le bruit a été perçu comme une simple question de gêne ou de conflits de voisinage, presque comme une plainte de « grincheux » empêchant les autres de vivre ou de faire la fête. Ce n’est que progressivement que l’on a compris qu’il s’agissait d’un véritable sujet de santé publique.
Il y a aussi une autre difficulté : le bruit comporte une forte dimension subjective. À niveau sonore égal, un concert peut être vécu très positivement par quelqu’un qui aime cette musique et qui a payé pour y assister, et très négativement par le voisin qui le subit. Cette dimension psychologique a longtemps compliqué la reconnaissance du bruit comme problème collectif de santé. Nous vivons, par ailleurs, dans une société qui valorise avant tout l’activité : travailler, produire, sortir, faire la fête. À l’inverse, le sommeil est souvent perçu comme un moment passif, secondaire, peu valorisé socialement, alors qu’il joue un rôle fondamental dans les équilibres biologiques et sanitaires.

Olivier Blond, président de Bruitparif (à g.) et Damien Léger, responsable du Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu de Paris. crédits : Région Ile-de-France/D. R.
Damien Léger : En ce qui concerne le sommeil, il a longtemps été considéré comme une affaire strictement privée, presque intime. Il est devenu une dimension à part entière de la qualité de vie, une affaire publique pour laquelle le débat collectif devient nécessaire. L’organisation du travail de nuit, l’augmentation des très courts dormeurs [moins de six heures par nuit, ndlr] ou encore l’impact du bruit, de la lumière ou du réchauffement climatique font aujourd’hui du sommeil une question de santé publique à part entière. En France, environ un travailleur sur quatre exerce de nuit ou selon des horaires décalés. Or, ces salariés dorment en moyenne une heure de moins par nuit que ceux qui travaillent de jour, soit l’équivalent d’une quarantaine de nuits de sommeil perdues chaque année. Il y a trente ans, un Français sur dix dormait moins de six heures ; aujourd’hui, c’est un sur quatre.
A‑t-on changé de nature de nuisances sonores ces dernières années ?
O. B. : Oui, clairement. Aujourd’hui, la réglementation et les recommandations de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] portent principalement sur le bruit des transports, parce qu’il constitue historiquement la principale source de nuisances sonores. Mais ce n’est plus..
Propos recueillis par Lucas Boudier
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Couverture : Laurent Duvoux





