Le droit au rez-de-ville

Comment créer les conditions favorables à l’émergence de rez-de-ville qui ne soient pas l’addition a posteriori de rez-de-chaussée d’immeubles ? Tel est le fil conducteur du dossier « Le droit au rez-de-ville » qui s’appuie sur un vaste programme international de recherches coordonné par David Mangin et Rémi Ferrand.

En France, aujourd’hui, l’intensité de la vie urbaine s’appréhende d’abord par les rez-de-ville, en particulier les rez-de-chaussée commerciaux dont la disparition est généralement le signe d’un déclin des centres-villes. L’actuel programme gouvernemental « Action cœur de ville » affiche ainsi son ambition de redynamiser les centres de 222 villes moyennes particulièrement affectées par la déprise commerciale, dont Pascal Madry analyse ici les ressorts profonds.

Partout formel et informel s’associent pour combler, transformer et tirer parti de situations diverses

Rémi Ferrand

Comme le souligne Rémi Ferrand dans son article introductif, « pour renouveler nos approches urbaines et architecturales, il importe de partir des besoins et usages observés ». Après des points de vue sur la situation spécifique de la France, où les centres commerciaux périphériques occupent une place disproportionnée, ce dossier propose un passionnant tour du monde des formes urbaines des rez-de-ville, d’Ahmedabad (Inde) à Santiago (Chili) en passant par Rabat-Salé (Maroc) et Cotonou (Bénin). Partout, ajoute Rémi Ferrand, « formel et informel s’associent pour combler, transformer et tirer parti de situations diverses ». Dans ce sens, Sylvy Jaglin et João Sette Whitaker Ferreira livrent une analyse montrant que « les usages et activités non réglementés sont dans les villes des Suds une contribution essentielle au fonctionnement urbain ». Mais ils mettent en garde les praticiens occidentaux par trop fascinés par le foisonnement urbain de ces villes : « L’informel auquel rêvent les urbanistes n’est pas celui qui se donne à voir. Proliférant et changeant, il est ingouvernable, échappant aux régulations qui tentent d’en encadrer le surgissement et le fonctionnement. » La France ne souffre pas de ces maux, mais d’un excès de normalisation et d’une absence d’imagination, en dehors de quelques figures parisiennes présentées ici, comme « les sept marchés d’Aligre » ou le réaménagement d’îlots du quartier du Marais par le groupe des Galeries Lafayette. Certes, en 2011, un atelier Projet urbain « (Ré)aménager les rez-de-chaussée de la ville » avait attiré l’attention des professionnels sur cette question. Mais huit ans plus tard, de l’aveu même d’Ariella Masboungi, qui avait organisé cet événement accompagné d’un livre, les choses ont peu avancé.

Raison de plus pour entreprendre ce parcours dans les villes du monde où les rez-de-ville sont des lieux d’invention extraordinaires : l’îlot de fraîcheur de la médina de Salé, permis par un système de toiles mobiles, de bâches et de tentures ; les pilotis de Singapour qui abritent des activités cogénérationnelles ; le chemin de l’eau du centre historique d’Ahmedabad créant une nouvelle forme de seuil ; les containers multiusages de Cotonou « remplis de produits à négocier mais aussi de vies à raconter », selon la belle formule d’Armelle Choplin ; les passages, patios, tours et cours anglaises de Santiago du Chili ; le stockage de l’eau dans des réservoirs en rez-de-chaussée à Beyrouth…

Au « devoir d’invention » invoqué par Rémi Ferrand en ouverture, David Mangin répond, dans son article conclusif, en énonçant les conditions pour « projeter et dessiner les rez-de-ville » de manière renouvelée et créatrice. Il souligne que « la ville vue d’en bas, celle du sol et des terrains mais aussi celle des usages, est un nouvel horizon ». D’où l’enjeu de représenter « à la fois le couvert/le découvert, l’ombrable, l’accessible physiquement, la part du matériel, de l’immatériel, du dématérialisé… » Ce qui implique de faire appel à la littérature, au cinéma, à la vidéo mais aussi à la peinture pour concevoir des rez-de-ville qui « ne soient pas l’addition a posteriori de rez-de-chaussée d’immeubles ». Autrement dit, « un urbanisme d’itinéraires et non de périmètres ». Un beau défi. 

Antoine Loubière, rédacteur en chef

Photo : Quartier hindou dans le vieux centre d’Ahmedabad, Gujarat, Inde (détail) © Bertrand Meunier/Tendance floue

 

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