Qu’est-ce que l’ingénierie territoriale et urbaine aujourd’hui ?

La question peut étonner, voire déconcerter, mais, c’est un fait, elle traverse tous les articles qui composent ce dossier.

Non pas « où est-elle ? », car elle est par­tout, ayant lar­ge­ment débor­dé des domaines tech­niques pour inves­tir les champs amont de l’aide à la déci­sion et de l’organisation, et ceux aval de la ges­tion, de l’exploitation et de la maintenance.
Ni « à quoi sert-elle ? », puisqu’elle est très mani­fes­te­ment néces­saire aujourd’hui, et plus que jamais – de toute évi­dence – mobi­li­sée auprès des don­neurs d’ordres publics et privés.
Mais bien « qui est-elle ? », cette grande dis­crète qui peine même à défi­nir de quoi elle est le nom. 

Il faut dire que l’aura de pres­tige qui accom­pa­gnait les mis­sions tech­niques des grandes socié­tés de conseil et leurs ingé­nieurs consul­tants, grands rivaux en légi­ti­mi­té des archi­tectes, a fait place à une expres­sion moins démons­tra­tive d’une autre maî­trise : celle des pro­cess, des hor­loges et des bud­gets. 

À les lire, les acteurs de l’ingénierie ter­ri­to­riale et urbaine et ceux – cher­cheurs uni­ver­si­taires – qui les observent par­viennent fort bien à poser le péri­mètre pour­tant mou­vant et les grands fon­da­men­taux de leur exer­cice pro­fes­sion­nel. 

C’est un domaine d’activité dont les moyens humains sont pour par­tie dans la sphère publique – les ser­vices des col­lec­ti­vi­tés – et pour par­tie dans des struc­tures pri­vées de conseil dénom­mées très diver­se­ment (bureau d’études, socié­té de conseil, de consul­ting, etc.). Ce sont quelques pro­fes­sions et de nom­breux métiers en per­pé­tuelle réin­ven­tion au gré notam­ment des poli­tiques suc­ces­sives d’aménagement du ter­ri­toire, de l’émergence de pro­blé­ma­tiques fon­da­men­tales liées au déve­lop­pe­ment durable, de nou­velles pos­tures col­lec­tives par rap­port aux incer­ti­tudes et aux risques, de l’évolution des posi­tions et des moyens des col­lec­ti­vi­tés locales. Ce sont des équipes d’ingénieurs – à qui on a deman­dé pro­gres­si­ve­ment d’élargir leur vision et de deve­nir des géné­ra­listes capables, par la méthode, de résoudre la com­plexi­té crois­sante des mis­sions – et d’universitaires, qui en ont peu à peu gros­si les rangs en qua­li­té de véri­tables experts, car les mieux for­més aux réponses à appor­ter aux enjeux nou­veaux. 

Ces acteurs font tous preuve d’une grande matu­ri­té et sin­cé­ri­té quand ils évoquent la plu­ra­li­té des ques­tions qui leur sont posées et des mis­sions qui en découlent, ou leur atta­che­ment au res­pect et à la défense de l’intérêt géné­ral. Et quand ils s’expriment aujourd’hui, c’est moins avec dis­cré­tion que modes­tie, de celle qui accom­pagne tout tra­vail d’introspection quand il est à l’oeuvre. 

Chut ! L’ingénierie se questionne.

Julien Mey­ri­gnac 

Pho­to : École d’ar­chi­tec­ture de la ville & des ter­ri­toires Paris-Est, uni­ver­si­té Gus­tave-Eif­fel, 2021 © Myr Muratet/Divergence

 

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Depuis 1932, Urba­nisme est le creu­set d’une réflexion per­ma­nente et de dis­cus­sions fécondes sur les enjeux sociaux, cultu­rels, ter­ri­to­riaux de la pro­duc­tion urbaine. La revue a tra­ver­sé les époques en réaf­fir­mant constam­ment l’originalité de sa ligne édi­to­riale et la qua­li­té de ses conte­nus, par le dia­logue entre cher­cheurs, opé­ra­teurs et déci­deurs, avec des regards pluriels.


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