L’à‑venir de la méthode
A giant biodegradable landart painting by French-Swiss artist Saype is pictured on Monday June 15, 2020 on the Malsaucy peninsula in Belfort, France. With an overall area of 5'000 square meters this fresco was created using biodegradable pigments made out of charcoal, chalk, water and milk proteins. (Valentin Flauraud for Saype)

Les débats préa­lables et consé­cu­tifs à la sor­tie du numé­ro de jan­vier 2022 sur les « Ter­ri­toires oubliés » ont fait naître, au sein de la revue – la rédac­tion, le conseil scien­ti­fique, le comi­té édi­to­rial –, l’ambition col­lec­tive d’amorcer un renou­vel­le­ment des méthodes d’analyse des territoires.

Pour mieux en appré­hen­der les réa­li­tés, enfouies sous les conven­tions et les idées reçues.

Pour déblayer les repré­sen­ta­tions qui prêtent à sou­rire, mais qui ont pour­tant tou­jours cours dans bien des dis­cours et publi­ca­tions : la cen­tra­li­sa­tion pari­sienne et l’hypertrophie fran­ci­lienne, la côte médi­ter­ra­néenne impri­mée par le fas­ci­nant et dérou­tant chaos mar­seillais, la région lyon­naise indus­trielle et sûre d’elle, la dyna­mique Air­bus et la décon­trac­tion tou­lou­saine, l’océano-tropisme des villes « bour­geoises » de l’Ouest, le sprawl mont­pel­lié­rain, etc.

Des repré­sen­ta­tions ancrées dans les réfé­rences « IIIe Répu­blique » de la géo­gra­phie sco­laire et popu­laire, et tech­ni­ci­sées par celles de la Datar, pré­sen­tant un Hexa­gone des grandes infra­struc­tures, hié­rar­chi­sé en métro­poles et pôles d’équilibre, en dehors des­quels il ne semble exis­ter que des contextes fra­giles et d’incommensurables besoins à satis­faire à grands efforts d’investissements publics.

Certes, l’approche des pro­grammes de sou­tien de ter­rain – comme Action cœur de ville ou Petites villes de demain – éclai­rée par la recherche-action du POPSU et les études de l’ANCT, a enga­gé une conver­sion des regards : moins sur­plom­bants, plus atten­tifs et de fait – disons-le – plus objectifs.

Mais il semble man­quer une approche, des outils d’analyse, qui per­mettent de dis­tin­guer la très grande diver­si­té des contextes et situa­tions des ter­ri­toires, de connaître et com­prendre ce qu’ils offrent (très sou­vent : beau­coup), autant que ce qui les limite (très sou­vent : pas grand-chose), de bien lire leurs tra­jec­toires et de défi­nir de quoi ils auraient le cas échéant besoin.

La revue s’est donc empa­rée de cette ques­tion, en sachant per­ti­nem­ment que nous ne serions pas en capa­ci­té d’aboutir une démarche, mais avec l’intention de la pro­to­ty­per, de pro­duire de pre­miers résul­tats et d’en débattre. Avec l’espoir que cet exer­cice livre des pre­mières conclu­sions suf­fi­sam­ment pro­bantes pour que d’autres que nous la poursuivent.

Dans le brouillard inau­gu­ral, notre che­min était éclai­ré par quelques lumières, quelques guides.

Bru­no Latour lorsqu’il écrit, dans son livre sur Pas­teur, « rien ne se réduit à rien, rien ne se déduit de rien, tout peut s’allier à tout », et que, contre le réduc­tion­nisme, il convoque les mar­queurs, l’intuition et l’enquête, nous invi­tant à de nou­veau le voir pour le croire, alors que bien des méthodes contem­po­raines semblent fon­dées sur l’inverse et pré­tendent qu’il suf­fit de le croire pour le voir.

Mais aus­si Michel Fou­cault et ses hété­ro­to­pies, les « espaces autres » tels qu’ils ont été repris par Hen­ri Lefebvre : des espaces en dehors des flux glo­ba­li­sants et des ima­gi­naires domi­nants, qui prennent, de fait, la valeur d’utopies au sens d’exemple, sinon d’idéal.

Et sur le che­min lui-même, dans la réa­li­sa­tion de l’exercice, s’est peu à peu for­gée la convic­tion d’un retour de la géo­gra­phie, et de l’avènement d’un de ses domaines désor­mais autant inté­gré à la géo­gra­phie humaine qu’à la géo­gra­phie phy­sique : la géo­mor­pho­lo­gie, qui étu­die les formes et struc­tures du ter­ri­toire – relief, sol, cli­mat –, et qui consti­tue la base scien­ti­fique et sen­sible du concept aujourd’hui fon­da­men­tal de « biorégion ».

À l’aune duquel il appa­raît que tous les ter­ri­toires ont un avenir.

Julien Mey­ri­gnac

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Depuis 1932, Urba­nisme est le creu­set d’une réflexion per­ma­nente et de dis­cus­sions fécondes sur les enjeux sociaux, cultu­rels, ter­ri­to­riaux de la pro­duc­tion urbaine. La revue a tra­ver­sé les époques en réaf­fir­mant constam­ment l’originalité de sa ligne édi­to­riale et la qua­li­té de ses conte­nus, par le dia­logue entre cher­cheurs, opé­ra­teurs et déci­deurs, avec des regards pluriels.


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