Jean Rottner « On a toujours besoin de rêver »

Jean Rottner
L’interview de Jean Rottner, lors de la 41ème Rencontre des agences d’urbanisme

Jean Rottner est président de la Région Grand Est et président de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau).

Le thème de la 41ème Rencontre des agences d’urbanisme « Explorons nos futurs (heureux) » n’était-il pas en décalage avec l’ambiance plutôt pessimiste du moment actuel ?

Jean Rottner/ Je crois qu’on a toujours besoin de rêver et que la crise actuelle agit comme un révélateur d’énergie. Elle démontre la capacité qu’ont, à un moment donné, des territoires à se prendre en charge, à se serrer les coudes, à inventer des futurs.
Nous tirons aussi les leçons de nos faiblesses, de nos lourdeurs de système, de nos vulnérabilités. Nous nous posons des questions de fond et nous en appelons à des valeurs fortes : se retrouver, avoir des contacts directs, sentir les émotions des autres… Donc, rêver dans ces moments particuliers, ce n’est pas être naïf, c’est penser le monde qui nous entoure, les territoires dont nous avons la responsabilité, de manière différente. C’est changer de paradigme. Le sursaut attendu à l’issue de cette crise n’est pas forcément d’être plus performants d’un point de vue économique, dans la création de valeur. Il est dans la capacité à répondre à des attentes profondément différentes de la part de la population parce que la crise a transformé aussi les valeurs, les rapports aux autres.
Depuis le début de mes fonctions comme élu et président d’agence d’urbanisme, je souligne la nécessité de leur impertinence. Les agences sont parfois trop enfermées dans leur technicité. Elles doivent se dire « osons, proposons, sortons de notre cadre un peu rigide… », pour réinventer leurs missions, pour être ces inventeurs des bonheurs futurs.

Comme président de la Région Grand Est, vous avez été en première ligne dans cette épidémie, qu’avez-vous appris durant cette épreuve ?

Jean Rottner/ Nous avons réussi à traverser des épisodes critiques. Et nous en sommes sortis beaucoup plus forts. Nous avons mis en place des process collectifs percutants. Le premier a été cette capacité des soignants à se prendre en charge, sans aucune prospective, simplement avec leur réalisme. Derrière, le gouvernement a réfléchi à une territorialisation des confinements, à des plans stratégiques de redéveloppement au niveau des régions. Dans le Grand Est, cela a été un vrai processus de plan de relance qui a été inventé, peut-être parce que nous étions beaucoup plus touchés que d’autres régions. Aujourd’hui, nous avons une réflexion sur certains sujets : comment aider le monde de la culture, celui de l’évènementiel et de la restauration ? Nous n’avons pas encore trouvé les tenants et aboutissants.
La leçon que j’ai entendue, lors de la 41e Rencontre, c’est un besoin de cohésion, de sens, de vision à long terme. Nous sommes là dans des démarches politiques par excellence et dans le rôle prospectif des agences.
Vous savez, en équitation, pour franchir l’obstacle, il ne faut pas le regarder, il faut regarder au-delà, plus loin. Les nouvelles équipes municipales élues il y a moins d’un an ont besoin de ces exercices de prospective, surtout dans la crise que nous traversons. Mettre en oeuvre des projets profondément percutés par cette crise, alors qu’il y a un plan de relance, un CPER en cours d’écriture, des fonds européens à consommer dans les deux ans… toute la gestion de nos collectivités est profondément bouleversée. La sérénité, le travail passé, la richesse des agences constituent une manière de rassurer les élus par rapport à cette situation insécure.

Dans cette situation, on constate une crise de confiance dans la décision politique, dans les élus, en particulier nationaux. Comme redonner confiance aux habitants citoyens ?

Jean Rottner/ Cette crise de confiance touche aussi les journalistes et même aujourd’hui les médecins. Il faut y répondre par une présence, de l’écoute, de l’attention, de la pédagogie. Réinventer la politique, c’est avoir de la bienveillance, faire confiance… Ce n’est pas de la naïveté que de dire cela. Le rôle du politique est de fédérer, de travailler pour… et non pas contre.

Quel peut être le rôle des agences d’urbanisme dans ce sens ?

Jean Rottner/ Ce que j’ai entendu dans les ateliers de la 41e Rencontre, ce sont des messages forts, d’espoir, dans un moment compliqué. Les gens des agences sont positifs. Ils ont envie que les choses bougent et se transforment. Parce qu’ils sont des chasseurs de signaux faibles. Ils les repèrent avant pour sentir s’ils vont devenir quelque chose. À partir de là, on rentre dans l’imaginaire, dans les possibles ou dans le registre utopique. On est en capacité de faire une addition magique : 1 + 1 = 3. Quelqu’un peut en faire une autre. Et ensemble, on croise nos expériences pour amener quelque chose en plus.
Le rôle des agences est de créer du lien à partir de ces expériences, de la connaissance des territoires, en réunissant leurs acteurs et grâce au réseau de la Fnau d’aller plus loin. Ce qui s’est passé à Brest le démontre parfaitement. Grâce à l’outil numérique et la préparation dans les ateliers, les liens ont peut-être été encore plus importants.

Finalement une agence d’urbanisme, c’est un beau médiateur de territoire et un bon moyen de se projeter dans le futur.

 

Antoine Loubière 

Photo : Jean Rottner © Christine Ledroit-Perrin

 

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